# Les premières femmes olympiennes jouaient-elles au croquet ? Le détail qui dérange les chronologies

> By bgsvm · Published 2026-10-26 · Updated 2026-10-26
> https://lesportifplus.com/2026/10/26/premieres-olympiennes-croquet-1900/

Une date parfaitement connue peut cacher une question difficile. Le Comité international olympique indique que les femmes ont participé pour la première fois aux Jeux en 1900, à Paris. Mais qui furent exactement les premières concurrentes ? Des présentations courantes mettent en avant le tennis ou la voile. Un travail de l’historien des Jeux Bill Mallon invite pourtant à regarder du côté du croquet, où deux Françaises auraient concouru dès le 28 juin 1900. L’histoire est passionnante parce qu’elle montre que le résultat dépend d’un examen minutieux des programmes, des dates et même de ce que l’on entend par « participer ».

## 1900 : des Jeux dont les frontières étaient floues

L’édition parisienne ne se déroule pas comme une compétition olympique contemporaine, concentrée dans un programme clairement identifié. Elle est liée à l’Exposition universelle et à un ensemble vaste de concours sportifs. Le CIO lui-même rappelle que la frontière entre épreuves olympiques et autres rencontres n’était pas toujours nette.

Ce contexte complique le décompte des participants. Les archives institutionnelles donnent aujourd’hui un total de référence et reconnaissent l’arrivée de femmes dans plusieurs disciplines. Mais attribuer la qualité d’olympien à chaque personne présente dans les documents de l’époque nécessite parfois un travail de reclassement historique.

Une liste publiée des décennies plus tard ne constitue donc pas automatiquement la photographie exacte de ce que les organisateurs considéraient comme olympique en 1900. La mémoire officielle a dû reconstruire un ordre à partir d’une manifestation qui ne le possédait pas complètement.

## Deux noms perdus dans les tableaux de croquet

L’historien Bill Mallon a attiré l’attention sur Mme Filleaul Brohy et Mlle Marie Ohnier. Dans son étude, il explique avoir retrouvé leurs noms dans les comptes rendus d’un quotidien sportif parisien, le *Journal des Sports*, à propos de rencontres de croquet organisées à la fin de juin. Elles auraient donc pris part à une compétition avant les épreuves féminines de tennis généralement mentionnées en juillet.

La distinction est décisive : être inscrite à une épreuve n’est pas toujours la même chose qu’avoir effectivement joué. Mallon discute précisément les traces disponibles, les abandons éventuels et les résultats publiés ou manquants. Sa démarche n’élimine pas tous les doutes, mais elle permet de formuler une hypothèse documentée au lieu de répéter automatiquement un classement traditionnel.

Il faut souligner que cette enquête est un travail historien moderne utilisant une source de presse ancienne. Notre article ne reproduit pas cette étude ni ne prétend avoir consulté personnellement les exemplaires originaux du journal. Nous en expliquons la logique et signalons ce qu’il faudrait vérifier pour approfondir.

### Pourquoi la voile ajoute une difficulté supplémentaire

Une autre candidate a souvent été citée parmi les toutes premières femmes olympiennes : Helen de Pourtalès, associée à des épreuves de voile organisées en mai 1900. Mais l’étude évoquée interroge la preuve de sa présence effective comme équipière en compétition, par opposition à son lien avec la propriété ou l’entourage d’un bateau.

À cette époque, les rapports de courses nautiques pouvaient mentionner des propriétaires ou des membres de l’organisation sans préciser avec une rigueur moderne la liste des personnes présentes à bord pendant l’épreuve. Une chronologie des premières participantes doit donc distinguer plusieurs catégories documentaires : inscription, propriété, présence et participation effective.

Ce cas illustre la difficulté de choisir un « premier » lorsque l’archive ne répond pas exactement à la question posée aujourd’hui. Il ne suffit pas d’ordonner des dates dans un tableau : il faut aussi savoir ce que représente chaque nom.

## Le tennis possède une autre place dans cette histoire

Les épreuves féminines de tennis de 1900 demeurent un jalon majeur. Charlotte Cooper est généralement reconnue comme la première femme à remporter une compétition olympique individuelle, selon les documents historiques du CIO. Cette reconnaissance ne répond cependant pas forcément à la question différente : quelle femme a concouru la première, toutes disciplines confondues ?

Il existe donc plusieurs « premières » qu’on confond trop facilement : première participation attestée, première compétition féminine, première victoire individuelle et premier titre dans une discipline donnée. Les personnes et les dates ne sont pas nécessairement identiques.

L’intérêt n’est pas de retirer quoi que ce soit aux pionnières les plus célèbres. Il est au contraire d’élargir le regard à celles dont les traces sont restées dans des comptes rendus peu consultés. Une histoire du sport féminin qui se limite aux vedettes peut invisibiliser celles qui ont franchi la porte avant que les journaux leur consacrent de grandes pages.

## Une enquête faite de minuscules preuves

Pour établir un dossier complet, il faudrait comparer les pages originales du *Journal des Sports*, les programmes officiels de l’Exposition, les listes d’engagées et les classements conservés. Chaque pièce répond à une question différente. Un programme montre une intention d’organisation ; un résultat atteste davantage qu’une rencontre a été disputée ; un témoignage tardif peut apporter un contexte mais doit être confronté aux documents proches de l’événement.

Cette méthode mérite d’être expliquée au lecteur, car les histoires de sport sont souvent présentées comme des listes définitives. Or les bases historiques se corrigent. De nouveaux documents sont numérisés, des spécialistes relisent des noms et certaines catégories autrefois évidentes deviennent discutables.

La prudence n’affaiblit pas le récit ; elle lui donne de la valeur. Dire « cette participation est documentée dans telle source, mais le détail de cette autre reste discuté » est plus instructif que de produire un podium de pionnières dont on ne peut pas expliquer la construction.

## Ce que révèle vraiment la question des premières femmes

Le cas du croquet montre aussi que l’accès des femmes aux premiers Jeux n’a pas été une ouverture générale et uniforme. Il s’est fait dans certaines disciplines, à des dates différentes, au sein d’un programme instable. Les femmes ne formaient pas encore une catégorie bénéficiant d’une place comparable à celle des hommes dans l’ensemble des sports.

En retrouvant le nom de participantes peu connues, on rend visible cette progression fragmentaire. L’archive change alors la question. Au lieu de demander seulement qui a été la première, on peut demander pourquoi les documents sur certaines concurrentes sont si difficiles à retrouver et pourquoi leur reconnaissance a demandé tant de temps.

L’histoire olympique gagne à conserver les incertitudes là où elles existent. Les détails de calendrier, les erreurs de classement et les traces de presse sont parfois aussi révélateurs que les médailles. C’est particulièrement vrai pour celles qui ont dû entrer dans des compétitions dont les institutions ne savaient pas encore très bien comment raconter leur présence.

**Documents utilisés :** [CIO — première participation des femmes](https://www.olympics.com/ioc/faq/history-and-origin-of-the-games/when-did-women-first-compete-in-the-olympic-games) ; Bill Mallon, étude « The First Two Women Olympians », [bibliothèque olympique](https://library.olympics.com/digitalCollection/DigitalCollectionAttachmentDownloadHandler.ashx?documentId=2435111&parentDocumentId=2435110&skipCopyright=true&skipWatermark=true). L’identification des premières participantes est exposée avec ses incertitudes.
